Aliénor d'Aquitaine

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Aliénor d'Aquitaine

Dans son nouveau roman, Le roi disait que j'étais diable, Clara Dupont-Monod raconte l'union de la sulfureuse souveraine et du pieux Louis VII.

Aliénor d'Aquitaine ne fut pas une mauviette, mais une Mélusine mythique. Clara Dupont-Monod férue de sujets musclés, nous dépeint la première époque de la vie de son héroïne turbulente aux côtés de Louis VII, plus méditatif. On a beaucoup glosé sur ces deux caractères si opposés. Louis a été arraché à sa vie monacale, il est faible, il a peur. Il n'aime pas la guerre mais le langage de la négociation, il est aux ordres de l'abbé Suger. Aliénor est d'une lignée sulfureuse et solaire qui a défié le pape. Elle adore l'épopée et la poésie, la conquête et les fleurs de style. Clara Dupont-Monod lui fait dire: «J'aime la guerre car je suis du côté de la vie.» Aliénor nourrit un certain paganisme ondoyant, irrigué de sang. Louis respecte l'ordre du monde et de Dieu. La grande idée de l'auteur est de ne pas avoir évacué Louis VII d'une pichenette. Ce «roi de l'ennui. Ni corps ni passion.»«Une erreur.» Le roman orchestre, au contraire, un contrepoint d'opéra entre les deux visions, la parole de l'un et de l'autre. Leurs chants. Tous deux sont complexes. Louis amoureux amer, rejeté, divisé, sous l'emprise de la belle sorcière belliqueuse, jaloux du troubadour Marcabru qu'elle fait venir de son Sud et qui l'inonde de poèmes transis. Aliénor aimera finalement Paris, le grouillement, la vitalité. Elle traverse la Grande Boucherie rutilante d'abats et de remugles. Ce dernier mot revient deux fois, olfactif et gustatif, comme engorgé du tumulte des cloaques, des bouges et des bêtes. Car le style est le nerf de ce roman épique, avec ses phrases tranchantes aux capillaires rouges, ses traits drus et fulgurants: «Avec leur basse brutalité, mes barons ont plus de prestance que le roi!», ou quand Aliénor accouche: «On pouvait donc s'ouvrir sans mourir.»

Lorsque Louis VII se réveille conformément au vœu d'Aliénor, c'est pour se rendre coupable de tuerie et d'incendie à Vitry dont le remords l'accable. La croisade du magnétique Bernard de Clairvaux entraîne en Orient le couple dans une aventure calamiteuse, à cause des erreurs du roi. L'embuscade dressée par les Turcs mobiles du haut des gorges de Pisidie et le siège raté de Damas donnent lieu à des carnages dont la prose empoigne le récit comme les Romains enlèvent les Sabines dans le tableau de Rubens. Pour détendre le lecteur, la capiteuse Antioche berce la reine dans les bras de son oncle Raymond de Poitiers, qui finira le récit d'un point de vue imprenable et inédit!

Le roman de la reine et de Louis VII est excitant car il noue les figures contraires et complémentaires du cosmos et du chaos, de la bacchante enchantée, romanesque, cavalière, et du roi religieux. Loin des macérations confites, on respire tous les effluves et, bien sûr, les remugles d'une chevauchée endiablée.

Extrait du Figaro spécial livres

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